Le Musée de l’Eau : Une initiative pour faire de la ressource Eau un capital précieux à préserver

1-Alassane Samoura

Parler, présenter, sensibiliser les populations sur la question de l’eau. C’est le combat que compte gagner chaque jour Alassane Samoura, promoteur du musée de l’Eau dont l’ambition est de susciter l’engagement de tous les acteurs à sauvegarder cette ressource au Burkina.

 

C’est un concept atypique. Un concept qui suscite l’étonnement mais aussi l’intérêt : celui du musée de l’Eau. Au premier contact, l’on se demande de quelle manière on y aborde l’eau ou la présente. Pour le musée de l’Eau, la réponse est pourtant simple : l’eau est présentée dans toutes ses facettes avec ses mythes, ses contes, ses légendes, ses paroles, son histoire, sa géographie, ses liens avec les peuples et les objets, ses défis et ses palabres. « L’eau fait partie intégrante de la vie des peuples, parce qu’inhérente à leurs diversités culturelles, à leurs civilisations, à leurs modes de vie et à leurs visions du développement. La valorisation de la ressource eau dans les pays d’Afrique et dans le reste du monde n’est qu’une traduction des sentiments religieux, culturels, économiques, écologiques, historiques, socio ethnologiques, cosmogoniques, psychologiques, politiques », reconnaît Alassane Samoura, promoteur du musée de l’Eau.

Né de la volonté de personnes ayant travaillé dans le domaine de l’eau, l’hygiène et l’assainissement, ce musée veut valoriser un secteur aussi vital que celui de l’eau en adéquation avec l’adage populaire « L’eau, c’est la vie ». Selon Alassane Samoura, le déclic est parti d’un constat : le vide culturel autour de l’eau. « Je suis sociologue de formation. J’ai travaillé dans le domaine de l’eau pendant près de 25 ans. J’ai occupé la fonction de Chef de projet Intermédiation Sociale dans l’organisation où j’étais. Fort de ces expériences, j’ai pensé qu’il était bon de créer un espace qui parlerait de l’eau dans une vision plus holistique. C’est parler de l’eau dans la culture, dans l’anthropologie, dans la sociologie, dans la cosmogonie. Cela fait dix ans que nous avons créé le musée de l’Eau », affirme-t-il.

Visites, expositions, événementiel…

Une pancarte du Musée de lEau

A Loumbila, à environ 25 km de Ouagadougou, sur la nationale 3, où il a son siège, le musée de l’Eau mène de nombreuses activités. Celles-ci sont également délocalisées sur tout le territoire burkinabè. La première activité que l’on peut retenir est la visite au musée. Au cours de cette visite, les symboliques de l’eau, c’est-à-dire des valeurs assignées à l’eau, sont exposées. Ces symboliques permettent d’expliquer des questions importantes et présentent un contenu pédagogique pour la sensibilisation, l’éducation et la prise de conscience sur l’importance de l’eau. Pour Alassane Samoura, il en existe plus de 500. Parmi ces symboliques, nous avons la fertilité, le pardon, la régénération, la fidélité, le conflit, la solidarité, la vie, la force, la puissance, la purification, la bénédiction, le pouvoir, etc.

Le musée de l’Eau se plaît à expliquer ces symboliques pour donner une autre considération à l’eau. L’eau symbole matriciel est une symbolique utilisée par exemple pour établir le lien entre l’eau et la mère en jouant particulièrement sur les notions de vie ou de mort. Selon Alassane Samoura, « L’eau symbole matriciel renvoie à la mère. On peut symboliser cela par les 9 mois pendant lesquels nous baignons dans le liquide amniotique. C’est pour cela que la relation entre l’eau et la mère est une relation très importante. On retrouve cela dans de nombreuses civilisations. Autant on doit respecter l’eau, autant on doit respecter la femme. Cela signifie que lorsqu’une personne insulte une femme et boit de l’eau juste après, elle s’est insultée elle-même. Cela peut aussi renvoyer à la symbolique Alpha Omega car c’est l’eau qui commence tout et termine tout. »

Le musée de l’Eau ne se limite pas aux visites à son siège, il organise aussi des expositions muséales itinérantes dans les écoles primaires ou les collèges. Il organise de nombreuses formations à l’intention des jeunes pour une meilleure connaissance de l’eau et de ses valeurs. Il explique alors aux élèves le rôle et les fonctions des objets en relation avec l’eau tels que les ustensiles de prélèvement de l’eau, les jarres de stockage de l’eau ou le matériel de transport. Ces différents objets font partie de la chaîne d’approvisionnement en eau. Alassane Samoura dénombre quatre étapes : « La première étape concerne la collecte de l’eau. Il s’agit de tous les récipients, les ustensiles de collecte d’eau à partir d’un puits. C’est l’évolution des puisettes traditionnelles jusqu’aux puisettes modernes. Nous avons commencé avec les puisettes à base de calebasse. Après la calebasse, nous avons évolué sur les puisettes à chambre-à-air pendant la période coloniale. Il y a eu aussi les puisettes avec les seaux et les bidons. La deuxième étape a trait au transport de l’eau. Nous retrouvons à ce niveau tous les objets de transport de l’eau : charrettes, pousse-pousse, etc. Quant à la troisième étape, elle renvoie au stockage de l’eau : jarres, canaris ou barriques. La quatrième étape, pour terminer, porte sur le prélèvement de l’eau pour les besoins divers. »

Au musée de l’Eau, l’événementiel trouve également sa place. Chaque année lors de la journée mondiale de l’Eau célébrée le 22 mars, il mobilise 500 personnes portant chacune un ustensile et une symbolique de l’eau pour une marche de sensibilisation sur 6 km. « Nous marchons 6 km parce que c’est la distance moyenne parcourue par les femmes burkinabè pour rapporter l’eau. Nous faisons des haltes pour expliquer la problématique de l’eau. Nous le faisons généralement avec les communes. Nous l’avons déjà fait à Banfora et à Toussiana. Nous organisons aussi des activités le 15 Octobre lors de la journée mondiale de lavage des mains», fait remarquer le promoteur du musée. Parmi les activités récréatives et ludiques organisées par le musée de l’Eau, nous avons des compétitions sportives comme la coupe du monde des toilettes, la coupe d’Afrique des WC ou la coupe du Faso des WC. Le musée intègre également l’art dramatique à ses thématiques d’exposition.

« L’eau traverse la vie de l’Africain »

On peut dire que l’eau est la seconde vie d’Alassane Samoura. Il se plaît à expliquer, à détailler, à clarifier le sujet pour susciter l’intérêt et éveiller les consciences. Selon lui, l’eau occupe particulièrement une place de choix dans la vie de l’Africain. « L’Africain au quotidien vit l’eau. Du matin au soir, toutes les actions ou attitudes qu’il mène sont toujours en relation avec l’eau. L’importance de l’eau chez l’Africain est aussi en relation avec la tradition, la culture. Tout ce qu’il va faire comme acte rituel ou tradition est toujours accompagné d’eau. L’importance de l’eau pour l’Africain est aussi liée à la religion. Les actes religieux se passent généralement avec l’eau. Elle s’invite aussi au cérémonial : mariage, baptême, décès. Tout cela passe par l’eau. L’eau traverse la vie de l’Africain. Il n’y a pas de geste, de comportement, de fait de l’Africain qui ne serait pas lié à l’eau. C’est ce que nous essayons d’expliquer au niveau du musée de l’eau », dit-il.

L’importance de l’eau pour l’Africain se retrouve également, selon le musée de l’eau, dans le fait que l’on accueille l’étranger en lui offrant l’eau de bienvenue. Cela se rattache à la symbolique de l’accueil.

Divers récipients servant au stockage de leau

Miné par les difficultés mais riche en perspectives

Le musée de l’Eau, malgré sa ferme volonté de promouvoir l’eau, n’est pas à l’abri des difficultés. Selon son promoteur, sa principale difficulté est le manque de financement. Le musée se dit oublié par l’Etat et les organismes évoluant dans le domaine de l’eau. A côté de cette difficulté, il évoque la faible visibilité. « La population ne connaît pas le concept de musée de l’eau », soutient Alassane Samoura. « On nous confond même à l’ONEA ou à des sociétés de vente d’eau. Nous avons besoin de faire plus de communication pour expliquer aux gens ce qu’est le musée de l’eau », lance-t-il, l’air chagriné. D’autres difficultés soulignées renvoient au manque de ressources humaines et à l’exiguïté de l’espace du musée.

Malgré ces difficultés, le musée de l’Eau veut voir plus loin. Pour ce faire, il a plusieurs perspectives dont la principale est de faire de ce musée national un musée mondial de l’Eau. Il compte aussi organiser des expositions muséales dans les pays de la CEDEAO – Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest – pour rassembler tous les aspects culturels se rapportant à l’eau. Alassane Samoura et le musée de l’Eau veulent également lancer un vaste projet : la construction d’un musée aquatique sur le barrage de Loumbila.

Par ses nombreuses actions, le musée de l’Eau veut être l’un des grands ambassadeurs de l’eau au Burkina et en Afrique. C’est pour cette raison qu’il s’est d’ailleurs jeté à l’eau.