PORTRAIT/ Frère Adrien Robert : Le Père des barrages

 

Le Frère Adrien François Robert, depuis son arrivée à Koubri en 1963 jusqu’à sa disparition en 2010, a eu une vie bien remplie. Il s’est donné pour sa communauté durant plus de 20 ans et s’est également donné pour la cause des plus pauvres en construisant des barrages et des retenues d’eau.

 

Il était l’un des derniers fondateurs du monastère de Koubri, commune rurale située à environ 25 km de Ouagadougou. Qualifié de véritable bourreau du travail, le Frère Adrien François Robert avait fait de la question de l’eau un combat quotidien au point d’être surnommé le Père des barrages. Il s’adonnait à presque tous les types de travaux de l’Abbaye : construction du monastère, de la première école, entretien des pistes rurales, élevage. Selon le Père André Ouédraogo de l’Abbaye de Koubri, « Le poids du Frère Adrien était son amour pour Dieu et pour les hommes. Il avait le cœur tellement large qu’il voulait l’eau pour tous les villages du Burkina, et au moment des années de grandes famines, il a nourri, grâce aux dons des organismes, des centaines de personnes venues de près ou de loin. »

Frère Robert1

 

Un grand héritage : des barrages et de l’eau

Sous l’impulsion du Frère Adrien, de nombreux barrages furent construits pour les populations des environs de Koubri. Le top départ fut donné en 1962 par le gouvernement de l’époque, avec la construction du barrage de Naparaptenga. Le premier grand chantier du Frère Adrien fut la construction du barrage de Naaba-Zaana. Situé sur le Nayarlé, un affluent du Nakanbé, il fut construit en 1972. La construction de ce barrage fut une réussite, au point que cela a poussé de nombreux villages à demander aux moines de les aider à réaliser une retenue d’eau chez eux également. Poussé par une forte demande, près de 300, le cœur du Frère Adrien va battre désormais pour la construction des barrages au profit des populations. Environ 90 barrages avaient déjà été réalisés en 2003 et 132 courant 2010.

Lorsque les villages entraient en contact avec le monastère, ils désignaient un site. Si celui-ci était bien adapté, ils entamaient les démarches auprès de l’administration. Une fois l’accord obtenu, les populations s’engageaient à fournir une petite participation financière. Cela permettait l’achat de petits matériels : pics, pelles, brouettes, barres à mine, voire la location de camions et l’achat de ciment. Les villageois s’engageaient aussi à ramasser en brousse des blocs de latérite, du sable et du gravier et à creuser la tranchée d’ancrage. Du côté du monastère, le Frère Adrien et ses compères écrivaient à leurs amis, prenaient des contacts avec des ONG, des petits projets, des ambassades afin de recevoir quelques soutiens dans la réalisation de cette tâche.

Le bilan des barrages réalisés par le Frère Adrien François Robert est satisfaisant. A ce jour, 65 barrages n’ont jamais tari. Mais 12 environ sont à sec, une année sur deux ou trois.

La capacité de stockage d’eau des barrages varie de 20 000 m3 à environ 1 000 000 m3. 18 barrages ont une capacité égale ou supérieure à 1 000 000 m3, 8 entre 500 000 et 1 000 000, 16 entre 200 000 et 500 000, 22 entre 100 000 et 200 000, une quinzaine autour de 50 000 m3 et le reste autour de 20 000 m3.

Communauté de Koubri en Juillet 2010

 

Enfance et vocation religieuse

Le Père des barrages, Frère Adrien François Robert, est né le 20 Septembre 1926 au Maubert (son village, en France), une région de montagnes. La vie y était rude. Il était le second d’une famille chrétienne de six enfants. Il est issu d’une famille d’éleveurs de brebis pour le lait et le fromage. A la fin de la 1re, il sentait l’appel de Dieu. Pour répondre à l’appel pour l’évangélisation en Afrique, il se présenta au juvénat des Pères Blancs de Lanuéjols (à 30 km de son village). Il passa le bac et fut admis au noviciat à la maison Carré près d’Alger. Il y prononça son premier engagement et commença les études cléricales à Strasbourg, en France. La vie au noviciat chez les Pères Blancs était rude et les novices étaient formés à l’autosuffisance et à l’obéissance. On avait besoin certes des « missionnaires » évangélisateurs, mais à la fois des maçons, des charpentiers, des jardiniers, des mécaniciens… Le Frère Adrien, atteint de la tuberculose, devait se retirer du noviciat mais sa détermination le conduisit à écrire en 1945 au Père Gilbert se proposant de donner sa vie à Dieu dans la Communauté Monastique de Toumliline (Maroc), Fondation de l’Abbaye d’En-Calcat (France). Il fut invité par le Père Dénis Martin, Prieur de Toumliline, à rejoindre le monastère. Le Frère Adrien prononça sa profession solennelle en 1959. En 1960, le Frère Adrien est envoyé au monastère Sainte Marie de Bouaké fondé par le Prieuré de Toumliline en 1959. C’est à Bouaké que le Frère Adrien commencera à vivre son esprit missionnaire pour répondre à son inspiration profonde. De Bouaké, le Frère Adrien sera envoyé au monastère de Koubri, le 28 Juin 1963.

Le Frère Adrien François Robert, naturalisé burkinabè, a quitté les siens le 3 octobre 2010 à Koubri, après une vie marquée par de grandes réalisations. Il laisse derrière lui beaucoup d’héritages et l’exemple d’un homme qui a servi sa communauté et les pauvres. La vie du Frère Adrien a tari mais ses barrages continuent de vivre. Pour le bonheur de nombreuses personnes.