PORTRAIT / Rasmané Ouédraogo : Faire du développement durable un levier pour la restauration des ressources naturelles et la lutte contre la pauvreté

Rasmané Ouédraogo, Directeur de la Division des Politiques Environnementales au Secrétariat Permanent du Conseil National pour le Développement Durable (SP/CNDD), est le point focal Développement Durable au Burkina Faso. Pour lui, le développement durable est un passage obligé pour le Burkina Faso.

Rasmané Ouédraogo

Ingénieur des Eaux et forêts de formation, Rasmané Ouédraogo s’est spécialisé en développement durable. Aujourd’hui, point focal développement durable au Burkina Faso, il est presque sur tous les fronts : rencontres nationales, sous-régionales et internationales. Il a fait du développement durable sa tasse de thé de tous les jours. Pour lui, le Burkina a pris une sérieuse option pour le développement durable. « C’est une nécessité vitale », fait-il remarquer, avant de poursuivre : « Quand on regarde dans la vie courante, on constate que tout le monde veut promouvoir son économie, préserver son environnement, garantir la cohésion sociale. C’est une meilleure organisation des scientifiques, des chercheurs, des citoyens, des hommes et des femmes à des degrés divers pour aller vers un développement qui est durable. Mais on peut aussi opter pour un développement qui n’est pas durable. Justement, quand il y a des crises, c’est parce qu’il y a l’injustice, le manque de gouvernance, etc. Le développement n’est pas un effet de mode mais un point de passage obligé si on veut vraiment se développer. »

La définition qu’il donne du développement durable est tirée du rapport Brundtland, selon lequel « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. » « C’est un développement qui met en synergie trois dimensions : l’économique, le social et l’environnemental. La francophonie ajoute trois autres dimensions qui sont la culture, l’éthique et la bonne gouvernance », fait remarquer Rasmané Ouédraogo.

Parmi les grandes actions posées pour impulser le développement durable au Burkina Faso, Rasmané Ouédraogo évoque l’existence des outils, des instruments tels que la Politique Nationale de Développement Durable (PNDD) et la loi d’orientation sur le développement durable. Cette politique, pense-t-il, doit être en mesure de répondre aux aspirations de développement du pays en mettant l’accent sur les trois dimensions du développement durable mais sans oublier la culture, l’éthique et la bonne gouvernance.

Selon lui, « Les crises que nous avons connues sont dues à un manque de bonne gouvernance. Nous devons tenir compte aussi de notre culture et aussi de l’éthique. L’éthique est le fait de travailler dans la qualité, de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Tous les pays du monde sont obligés de s’engager dans le développement durable. La politique nationale de développement durable a été élaborée en 2013 et est assortie d’une loi d’orientation sur le développement durable en 2014. Actuellement, nous sommes en train de mettre en place les organes de la politique et de la loi. C’est ainsi que le SP/CONEDD va devenir le SP/CNDD pour prendre en compte toutes les dimensions du développement durable. » Au nombre des organes de la politique et de la loi, Rasmané Ouédraogo évoque aussi la mise en place d’un commissariat général pour le développement durable au sein du Premier ministère. Celui-ci aura pour mission de « contrôler ce que tous les ministères font pour savoir s’ils prennent en compte le développement durable, pour voir aussi si le secteur privé prend en compte le développement durable à partir de la responsabilité sociale des entreprises ou si les ONG et les associations font des pratiques de développement durable. Il s’agit aussi de voir si les collectivités locales prennent en compte le développement durable, dans certains pays les plans locaux de développement sont appelés les agendas 21 locaux. Tout cela constitue des mécanismes pour prendre en compte le développement durable. (…) Chaque deux ans, nous allons demander à chaque ministère son rapport sur le développement durable. Cela sera discuté à la conférence du CNDD. »

A côté des outils et des organes de la PNDD et de la loi d’orientation, Rasmané Ouédraogo estime que le Burkina doit disposer de bons indicateurs pour le développement durable et s’atteler au renforcement des capacités des acteurs « pour qu’ils prennent en compte les modes de consommation et de production durables, produire plus en polluant moins, donc en utilisant moins les ressources naturelles et en rejetant moins de polluants. » Toujours selon lui, « Les spécialistes en développement durable ne sont pas nombreux. Comme c’est exigeant, il faut des ressources humaines qualifiées et des ressources financières. La conférence du CNDD regroupe au moins 400 personnes pour deux à trois jours. Il faut aussi des indicateurs pour évaluer. Au niveau mondial, nous avons environ 232. On demande à chaque pays d’adapter ces indicateurs pour pouvoir les renseigner. La structure nationale chargée de promouvoir le développement durable n’a pas suffisamment les moyens. Le budget que l’Etat nous donne est très insuffisant par rapport à nos ambitions. »

 

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Les défis que Rasmané Ouédraogo compte relever avec l’ensemble de ses collègues sont « les indicateurs, la planification et la budgétisation du développement durable à tous les niveaux ». Des Eaux et forêts au SP/CNDD, il a fait son chemin. Monsieur Développement durable est pétri d’expériences depuis 1986, date à laquelle il a commencé à exercer. Il a obtenu un DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) en Gestion de l’Environnement à l’Université Senghor d’Alexandrie. En 2003-2004, il obtint un DESS (Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées) en développement durable intitulé Orientation et actions collectives sur les environnements avec une spécialisation sur l’élaboration des politiques et des stratégies. Il a été le premier chef de service de la formation. Il a aussi été Directeur de l’éducation environnementale et développement durable au SP/CONAGESS qui est devenu par la suite SP/CONEDD, ensuite Directeur des Politiques environnementales depuis 2009 jusqu’à nos jours.

Même si le chemin du développement durable est parsemé de difficultés à ses yeux, Rasmané Ouédraogo ne veut point baisser les bras car il veut faire du développement durable un levier pour « la restauration des ressources naturelles et la lutte contre la pauvreté ».