Le développement durable au Burkina Faso : Enjeux et état des lieux

Depuis 1972, lors de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement, tenue à Stockholm (Suède), les scientifiques attiraient l’attention de la communauté internationale sur l’épuisement des ressources naturelles de la planète. La prise de conscience s’est matérialisée aujourd’hui par la consécration du développement durable par nombre de pays dont le Burkina Faso. C’est pour cette raison qu’il convient d’explorer l’état des lieux et les enjeux d’un tel développement.

 

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La question du développement durable est aujourd’hui sur presque toutes les lèvres, tant elle suscite un intérêt particulier auprès des Etats mais aussi des organisations de la société civile et des Organisations Non Gouvernementales. Aujourd’hui, ce concept dicte la démarche à suivre en matière de développement mais aussi d’exploitation des ressources naturelles. Tout est fait en fonction d’un impératif : prendre conscience de la rareté des ressources et penser aux générations futures. En effet, depuis les trente dernières années, les conférences se multiplient et la communauté internationale sonne le tocsin. Partout, on rappelle la même réalité : « Les besoins sont illimités mais les ressources sont limitées. » Pour qui veut se développer, il faut désormais qu’il soit « durable ». Mais au fait que renferme ce concept  et quelles peuvent être ses implications ?

Le développement durable est à la fois un concept, un processus et une méthode. Trois dimensions lui sont généralement associées à l’échelle internationale. Il s’agit de :

  • La dimension environnementale : respect du patrimoine écologique et environnemental.
  • La dimension économique : satisfaction des besoins.
  • La dimension socio-culturelle : conservation et développement du potentiel humain, social et culturel dans une vision globale articulant les différentes réalités spatiales (du local au global) mais également la perspective temporelle (pour aujourd’hui et pour demain).

La notion de durabilité associée au développement renvoie à la qualité d’un produit, d’une action, d’une activité, d’un processus ou d’un système remplissant les trois conditions du développement durable, à savoir l’efficacité économique, la viabilité environnementale et l’équité sociale. Par efficacité économique, on entend l’aptitude de l’économie à être performante, porteuse d’innovations et d’une prospérité économique favorable au progrès social et respectueuse de l’environnement. La viabilité environnementale (ou durabilité environnementale) suppose la capacité du milieu biophysique à fournir de manière continue et sans se dégrader l’ensemble des biens et services éco-systémiques ainsi qu’un cadre de vie sain, nécessaires au bien-être social et économique des populations et autres espèces vivantes. L’équité sociale, quant à elle, renvoie au modèle social qui préconise des actions de développement dans un souci d’éthique et de solidarité intra-générationnelle (usages des biens, services et des ressources en tenant compte des besoins légitimes à l’intérieur d’une génération) et intergénérationnelle (usages des biens, services et des ressources en tenant compte des besoins légitimes des générations futures). Il prend en compte la culture.

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Le développement durable : Une préoccupation commune

Le développement industriel, l’augmentation de la production, de la consommation et de l’urbanisation, découlant notamment de la croissance démographique, engendre des impacts de moins en moins réversibles. Depuis, les préoccupations environnementales n’ont cessé de croître. Les impacts environnementaux, à l’échelle planétaire, se traduisent par la réduction de la diversité biologique, la raréfaction de certaines ressources, une augmentation et une globalisation de la pollution de l’air, mais également de l’eau et des sols. Cependant, les conséquences sont aussi sociales : les inégalités entre les différentes régions du monde se creusent, la pauvreté augmente, le travail des enfants perdure, l’alphabétisation est insuffisante et l’espérance de vie dans certaines régions de la planète diminue.

Notre mode de développement actuel ayant ses excès et ses limites, il devient donc nécessaire de trouver un nouvel équilibre entre l’homme et son environnement. En 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, dite Commission Brundtland, du nom de sa Présidente Mme Gro Harlem Brundtland, a introduit et défini le concept de développement durable. Il est, de manière générale, conçu comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».  Le développement durable est perçu de nos jours comme une préoccupation commune. Il s’appuie sur une vision à long terme. D’après le Living Planet Report de 2010, le 21 août 2010 a été le jour du dépassement des capacités de la planète, c’est-à-dire celui où nous avions épuisé notre budget écologique de cette année-là.

On estime aujourd'hui que nous utilisons l’équivalent d’une planète et demie pour pourvoir à nos besoins en ressources et à l’élimination de nos propres déchets. Si la croissance démographique et les modes de consommation actuels se poursuivent, nous aurons d’ici à 2030 besoin de deux planètes pour vivre.

 

 

Quel état des lieux du développement durable au Burkina Faso ?

Dans les années 1980-1990, le Burkina s’est engagé dans des politiques orientées vers le développement durable, avec, en 1991, l’adoption du Plan d’Action National pour l’Environnement (PANE). Révisé en 1994, ce plan d’action avait pour but la mise en pratique au niveau national de l’Agenda 21 issu de Rio de Janeiro. Plus tard, une abondante production de documents de politiques et de stratégies de développement socio-économique s’inscrira plus ou moins dans la vision du développement durable. Les principaux documents sont :

  • La Lettre d’intention de politique de développement humain durable (LIPDHD, 1995-2005).
  • Le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP, 2000-2010).
  • La Stratégie de Croissance Accélérée et de Développement Durable (SCADD).

Plusieurs modèles de développement ont donc été expérimentés jusqu’à ce jour tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale. Des acquis peuvent être enregistrés depuis les lendemains de la Conférence de Rio de Janeiro de 1992. On peut d’ores et déjà noter l’adoption en 1994 du premier Code de l’environnement au Burkina Faso, révisée en 1997 puis en 2013. Au cours de cette même année 94, le Burkina signait la convention internationale de lutte contre la désertification (CCD) et mettait en œuvre les Engagements Nationaux du Président du Faso. Ces engagements portaient surtout sur le programme « 8 000 villages, 8 000 forêts » et sur le projet « une école, un bosquet ». Par ailleurs, en 2000, le Burkina a lancé le Plan d’Action National de Lutte Contre la Désertification (PAN/LCD) et chaque année, les journées mondiales sont célébrées concernant l’environnement, la lutte contre la désertification, la biodiversité et les zones humides. Ces journées sont soutenues par les campagnes nationales de reforestation impliquant les plus hautes autorités nationales et locales.

Sur le plan environnemental, quelques constats peuvent être faits :

  • Mise en œuvre de documents d’orientation politique stratégique pour la gouvernance de l’environnement.
  • Mise en œuvre d’outils d’application des conventions internationales en matière d’environnement.
  • Début d’intégration de l’environnement et des liens Pauvreté-Environnement dans les politiques sectorielles.
  • Création d’un Observatoire National de l’Environnement et du Développement Durable (ONEDD).
  • Création d’un laboratoire d’analyse des eaux usées au sein du Ministère en charge de l’environnement ainsi que de l’Agence Nationale de Biosécurité rattachée au Ministère en charge de la recherche scientifique
  • La gestion participative des forêts et de la faune, à travers un partenariat public-privé.

Mais selon le troisième rapport sur l’état de l’environnement (REEB3), les problèmes environnementaux les plus récurrents du Burkina Faso sont : « la dégradation des terres et des ressources en eau, la dégradation des ressources forestières et la disparition des ressources fauniques, un système énergétique non durable, des problèmes croissants d’environnement urbain et de pollution, l’érosion de la biodiversité, les changements climatiques avec des effets néfastes et une gouvernance environnementale caractérisée par d’énormes insuffisances. »

Sur le plan économique, le Burkina Faso a enregistré, pour la période 2000-2009, une croissance relativement forte mais irrégulière. Cette croissance a été estimée à 5,2% en moyenne avec son niveau le plus élevé de 8,7% en 2005. Mais du fait de la croissance démographique (3,1%), l’augmentation du PIB/habitant a été relativement faible (2%).

Le secteur primaire, occupant environ 86,0% de la population active (RGPH, 2006) a contribué à hauteur de 30% dans le Produit Intérieur Brut sur la période 2000-2009. En 2010, 2011 et 2012, cette contribution était respectivement de 28,4%, 25,9% et 27,8% (MEF-DGEP 2012 ; BAD-BM 2011). Cependant, la production des richesses dans les sous-secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de la foresterie dépend fortement des ressources naturelles renouvelables (sols, eau et ressources biologiques) dont la qualité et la durabilité sont mises à mal par une démographie galopante et des modes de consommation et de production qui laissent à désirer.

Les données montrent que la croissance enregistrée par le Burkina Faso a été tirée essentiellement par le boom du secteur minier et de celui tertiaire. De 2000 à 2009, les sous-secteurs de l’industrie, du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) étaient les principaux contributeurs de la taxe sur la valeur ajoutée dans le secteur dit secondaire avec respectivement des parts de 46,0% et 28,0% (MEF-DGEP 2012 ; BAD-BM 2011). L’industrie extractive qui a connu une croissance de 10% en 2014 et l’égrenage du coton, avec une progression de 14%, sont les deux importants piliers du dynamisme du secteur secondaire.

Depuis 2009, à la faveur de l’essor minier, les industries extractives ont contribué comme premier secteur d’exportation du Burkina. Cependant, il faut noter un impact négatif sur les dimensions environnementales et sociales du développement durable se traduisant par la pollution de l’air, la destruction du couvert végétal, l’utilisation de cyanure dans l’orpaillage traditionnel, etc.

Sur le plan social, on peut noter selon le discours sur la situation de la nation de 2011 du Premier Ministre que 84% des ménages urbains et 63% des ménages ruraux ont accès à l’eau potable. L’accès à l’électricité, quant à lui, reste globalement faible (16,38%), avec toutefois des disparités très accrues entre le milieu urbain (54,2%) et le milieu rural (1,92%). Le taux brut de scolarisation se situe à 79,6% et le taux d’accouchements assistés par du personnel qualifié a évolué à 82,1% en 2012 (Rapport de performance de la SCADD). Il est à relever aussi la forte dépendance de l’énergie des ménages aux ressources naturelles (bois énergie).

Depuis son engagement dans le processus du développement durable, le Burkina Faso a entrepris différentes initiatives visant à le promouvoir mais qui sont restées au stade des politiques sectorielles avec des difficultés de coordination. Par ailleurs, l’absence d’une vision commune de ce nouveau concept n’a pas permis de fédérer suffisamment les énergies et les ressources pour une meilleure opérationnalisation. D’où l’élaboration de la Politique Nationale de Développement Durable et de la loi d’orientation sur le développement durable. Le constat fait sur les questions de développement durable, malgré quelques acquis, présente un bilan mitigé du fait de principales causes que sont la persistance de la pauvreté et la dégradation de l’environnement et des ressources naturelles. Au regard de tout cela, les défis restent géants.